28/03/2019 - Vidéo-consultation psychologique en HAD : des premiers résultats concluants HAD

Et si la technologie permettait également de prendre soin des patients et de les accompagner ? Démonstration avec une étude réalisée à l’HAD en collaboration avec l’Université Paris Descartes.

 

En 2018, une étude a été réalisée à l’HAD de la FOCSS, en collaboration avec le Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Santé (LPPS) de l’Université Paris Descartes. Elle s’est intéressée à l’utilisation de la vidéo-consultation pour réaliser des entretiens psychologiques auprès de patients atteints de cancer, pris en charge à leur domicile dans le cadre de l’HAD. L’utilisation de cet outil pour un soutien psychologique n’avait jamais été évaluée dans un service de santé en France.

Le nombre de cancers diagnostiqués chaque année augmente et nécessite une prise en charge globale et continue. La détresse psychologique est souvent associée à cette pathologie, pour le patient et ses proches, à différents temps de la maladie. L’anxiété-état, anxiété ponctuelle et situationnelle, est souvent présente avec un impact sur le bien-être psychique et somatique de la personne. L’accompagnement par des psychologues fait donc partie intégrante de la prise en soin des patients.

La thérapie de soutien est l’une des techniques thérapeutiques recommandées pour soutenir les patients dans le champ de l’oncologie : il s’agit d’une intervention basée sur le maintien et/ou le développement de l’estime de soi des patients ainsi que sur l’acquisition de techniques d’adaptation face à la situation difficile que constitue la maladie.

En oncologie, l’HAD intervient dans différents modes de prises en charge comme la surveillance de la chimiothérapie, la nutrition parentérale, les soins palliatifs, etc. La pathologie cancéreuse est la plus représentée en HAD. Le psychologue en HAD intervient à la demande du patient, d’un proche ou de l’équipe soignante et transmet des informations pertinentes lors des réunions pluridisciplinaires. La prise en soin en HAD étant limitée dans le temps, le travail psychologique repose sur les principes de la thérapie de soutien, sur l’ici et maintenant. Le déplacement du thérapeute au domicile peut cependant être difficile pour la pratique et peut entraîner des temps de trajets importants dans une journée.

C’est dans ce contexte que l’HAD de la FOCSS a souhaité évaluer la possibilité de réaliser des entretiens par vidéo-consultation, innovation majeure dans le domaine de la santé actuellement.

Méthode

Deux groupes de participants volontaires, atteints de cancer à différents stades d’évolution, ont alors été constitués : un groupe dit « contrôle » bénéficiant d’un entretien en face à face au domicile avec un psychologue, et un second dit « expérimental » où l’entretien avec un psychologue était réalisé par l’intermédiaire de Skype.

Tous les participants ont complété deux questionnaires : un portant sur leur niveau d’anxiété et un second évaluant le niveau d’alliance thérapeutique avec le psychologue avant et après l’entretien. De plus, le niveau de satisfaction des deux groupes a été mesuré et comparé afin de s’assurer que l’utilisation de la vidéo-consultation répondait aux attentes des patients quant à l’entretien de suivi psychologique.

Résultats

Les résultats sont positifs. En effet, les niveaux d’alliance thérapeutique et d’anxiété ne sont pas influencés par la modalité d’entretien : les deux groupes ont montré une évolution similaire sur ces deux variables, avec une diminution de l’anxiété du patient et le maintien du niveau d’alliance thérapeutique. La satisfaction ne diffère pas non plus entre les deux groupes. Ceci montre que la technique d’entretien – face à face ou en vidéo – ne perturbe pas le vécu du patient et la qualité de l’intervention psychologique. Cette étude a également permis de mettre en évidence que les patients les plus jeunes pouvaient retirer plus de bénéfices de la modalité d’intervention vidéo que les sujets plus âgés : ainsi le niveau d’alliance thérapeutique connaît une augmentation significative après l’entretien vidéo dans la population la plus jeune.

 La conclusion principale de cette étude est que la vidéo-consultation peut être utilisée lors d’une hospitalisation à domicile pour les patients atteints de cancer, puisqu’elle n’altère ni la relation entre le patient et le thérapeute ni la diminution des émotions négatives comme l’anxiété, et permet de répondre aux attentes des patients.

Cette étude a fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique « Bulletin du cancer » en mars 2019, revue de référence dans le domaine de la cancérologie française. Elle a également été diffusée lors d’une communication orale au 35e congrès de la Société Française de Psycho-Oncologie (SFPO) en novembre 2018. D’autres évènements sont à venir comme la présentation orale de cette étude au 2e congrès des Soins de support et Maladies chroniques à Lille en mars 2019 ainsi qu’au 25e congrès de la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) à Paris en juin 2019.

Ces résultats nous ont encouragés à mener une seconde étude, qualitative cette fois, c’est-à-dire recueillant les mots, les impressions, les critiques, etc., des participants, afin d’affiner nos connaissances sur le sujet. Le prolongement de cette étude publiée au niveau national et multicentrique (dans plusieurs HAD de France) est envisagé à moyen terme, avec le soutien de FNEHAD.

Camille Baussant-Crenn

Responsable du service psychosocial et membre du CODIR de l’HAD, psychologue clinicienne