17/11/2025 - INTERVIEW · En HAD après la prématurité : un "filet de sécurité" pour les bébés et leurs parents Hospitalisation à domicile

Sortir de l’hôpital après des semaines de soins intensifs n’est pas simple pour un bébé prématuré… ni pour ses parents. À domicile, Floriana Lapommeray, infirmière de coordination en HAD, anciennement infirmière puericultrice, accompagne ce passage délicat et nous en parle à l’occasion de la journée de la prématurité. Au quotidien elle rassure, observe le lien mère-enfant, repère les fragilités et s’assure que la maison devienne un vrai lieu de sécurité et de confiance pour toute la famille.
Comment suivez-vous les bébés prématurés ?
Dès leur sortie de l’hôpital, ces bébés quittent un parcours long (parfois plusieurs mois) durant lequel ils ont été entourés 24h/24. En arrivant à la maison, le silence peut être brutal. Nous, en HAD, on fait office de filet de sécurité : une soupape, un soutien, un réconfort. On évite ce passage abrupt du « tout encadré » à « plus personne ». L’HAD assure une transition douce entre l’hôpital et la vie à domicile. C’est une continuité des soins qui complète le parcours hospitalier. Tous les prématurés n’y ont pas recours : cela dépend de leur âge gestationnel, de la situation socio-économique des parents, ou encore de l’état de santé de la famille.
Pourquoi doit-on apporter une attention particulière au lien mère-enfant chez les prématurés ?
Il y a plusieurs raisons. Comme toutes les mères, certaines ont du mal à se sentir « à la hauteur » ou à prendre en main leur maternité, à cela s’ajoutent les bouleversements classiques du post-partum, amplifiés par la prématurité et on parle souvent ici de très grands prématurés, voire d’extrêmes prématurés (en dessous de 28 semaines) dont le pronostic vital a parfois été engagé. Les équipes ont pu demander à ces mères de ne pas se projeter, et certaines gardent des séquelles de cette période. Un suivi psychologique est systématiquement proposé dès l’évaluation. Certaines s’en saisissent tout de suite, d’autres plus tard, et certaines pas du tout. Certains bébés aussi conservent des séquelles physiques et nécessitent un suivi spécifique.
Concrètement comment vous y prenez-vous ?
Notre rôle est d’accompagner jusqu’à ce que la dyade (maman-bébé) ou triade (parents-bébé) devienne vraiment « fonctionnel ». Notre travail, c’est de rassurer et de redonner confiance. Par exemple nous ne prenons pas les bébés dans les bras : nous aidons les mères à rester autonomes, à reprendre leur place. Nous surveillons surtout le lien : la manière dont elles regardent leur bébé, lui parlent, le portent, s’en occupent. J’ai parfois rencontré des mères qui ne posaient jamais les yeux sur leur enfant, qui ne lui parlaient pas, qui le manipulaient un peu brusquement. Une fois, une maman disait « le bébé », ou même : « j’ai l’impression d’avoir un objet ». Ce sont des signaux d’alerte. Nous y sommes extrêmement vigilants notamment pour éviter la dépression du post-partum et on en parle beaucoup avec les professionnels qui gravitent autour de nous comme des médecins ou les équipes des PMI.
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