26/11/2025 - INTERVIEW · Mieux évaluer la douleur pour mieux accompagner : l’engagement de l’HAD Hospitalisation à domicile

À la Fondation, la lutte contre la douleur se poursuit jusque chez les patients, au cœur de leur quotidien, grâce à l’Hospitalisation à Domicile. Parce qu’elle est invisible, subjective et différente selon chacun, la douleur reste un défi majeur pour les soignants. Cadres de santé et vice-présidentes du Comité de Lutte contre la Douleur (CLUD), organisme qui consiste à élaborer et suivre la politique d'amélioration continue de la qualité et la sécurité des soins en matière de lutte contre la douleur, Maud Welter et Fanny Verstraete-Viguier expliquent comment leurs équipes affinent l’évaluation pour mieux soulager chaque patient.

 

Le 20 octobre dernier était la Journée mondiale contre la douleur, pourquoi avoir une journée dédiée à la douleur est important et en quoi reste-t-elle un enjeu majeur dans le soin aujourd’hui ?

La douleur est une donnée subjective, contrairement à des paramètres tels que la température, la tension artérielle ou encore une détresse respiratoire, qui peuvent être objectivés cliniquement (cette donnée n'était auparavant peu prise en compte...). Pour une même douleur, l’expression et l’évaluation peuvent varier considérablement d’un patient à l’autre. Cette variabilité dépend du contexte individuel, de l’expérience personnelle de la douleur, mais aussi de facteurs psychologiques, sociaux ou culturels qui peuvent l’amplifier ou la moduler.

La définition de l’Organisation mondiale de la santé reprend bien le cadre de la douleur : la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en ces termes.

L’évaluation de la douleur peut également reposer sur une appréciation subjective du soignant. Cette dernière peut être influencée par le vécu professionnel, le contexte de soins ou encore les représentations personnelles du soignant face à la douleur. C’est précisément là que réside tout l’enjeu de son évaluation :  tenir compte du ressenti du patient tout en cherchant à en obtenir une évaluation la plus objective, fiable et partagée possible.  C’est pourquoi nous formons les soignants à l’utilisation des échelles de douleur, afin de préserver le maximum d’objectivité possible. Pour cela, il est essentiel de savoir les utiliser correctement et de choisir l’échelle la plus adaptée à chaque situation pour garantir une évaluation fiable.

En HAD, évaluer la douleur permet de comprendre le ressenti du patient et d’ajuster les soins en conséquence, de manière continue et adaptée à son quotidien. 

 

Comment les équipes de l’HAD de la Fondation s’organisent-elles pour évaluer la douleur au domicile des patients ?

Une première évaluation de la douleur est réalisée par l’IDEC dans le service avant l’admission du patient. À ce moment-là, elle détermine quelle échelle d’évaluation est utilisée pour ce patient au sein du service.

Cette information est ensuite transmise à la cadre de coordination, afin que l’échelle soit programmée dans le dossier et que les soignants disposent immédiatement de l’indication sur celle à utiliser. Ils notent systématiquement leur évaluation de la douleur à chaque passage, ce qui permet une transmission rapide et fiable des informations issues de la visite précédente.
 De plus, ils complètent cette traçabilité par des transmissions ciblées, afin d’obtenir davantage de détails sur les caractéristiques de la douleur et de mettre en place des actions plus appropriées. Bien sûr, cette échelle peut être réévaluée et modifiée en fonction de l’évolution de l’état du patient, ou si celui-ci ne la trouve pas adaptée ou aidante. Tout changement doit faire l’objet d’une discussion en équipe, notamment lors des staffs, et être formalisé dans le dossier de soins pour assurer la continuité et la cohérence de la prise en charge.

 

Pouvez-vous donner un exemple de situation où le choix d’une échelle d’évaluation a changé la prise en charge ou le confort d’un patient ?

Un patient utilisait initialement l’échelle numérique de 0 à 10, où c’est le patient lui-même qui attribue un chiffre correspondant à son ressenti de la douleur, ce que l’on appelle l’autoévaluation. Lorsque l’état du patient se dégrade et qu’il n’est plus en mesure de communiquer son ressenti, on passe alors à une échelle d’hétéroévaluation, c’est-à-dire une évaluation réalisée par un tiers, selon des critères définis (par exemple échelle ALGOPLUS). Cela a permis, même chez un patient non communiquant, d'adapter le traitement antalgique. Cette situation souligne l’importance d’adapter l’échelle d’évaluation à l’état du patient et rappelle que le fait qu’un patient ne communique plus ne signifie pas que sa douleur n’est plus prise en compte.

 

Quel rôle joue la relation de confiance entre le soignant, le patient et les proches dans l’évaluation de la douleur à domicile ?

La relation de confiance permet d’affiner l’évaluation de la douleur, au-delà du simple score obtenu sur une échelle. La formation des soignants à l’évaluation de la douleur ne se limite pas à l’apprentissage des échelles : elle inclut également l’évaluation de toutes les caractéristiques de la douleur (localisation, intensité, moment de la journée, type aigu ou chronique, prise d’antalgiques, etc.). Une relation de confiance favorise le temps d’écoute et incite le patient à se confier sur une dimension plus globale de sa douleur. Cela permet d’adapter les actions de soins, notamment en mettant en place des stratégies non médicamenteuses, comme celles proposées en HAD.

 

Auteur(e) : c.delestre