05/11/2025 - Diane Bossière : “Les films nous obligent à voir ce que l’on préfère ignorer” ou quand le cinéma murmure les réalités du social Cinéma

Entre les murs de l’IFTS (Paris 20), la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon a accueilli le Festival du Film Social, festival national porté par l’UNAFORIS, le réseau national des acteurs de formation et de recherche en intervention sociale. Pour Diane Bossière, ex-déléguée générale de l’UNAFORIS et experte de la formation des travailleurs sociaux, le cinéma n’est pas qu’un art : il devient un outil pédagogique, capable de faire ressentir aux futurs professionnels la complexité des situations qu’ils rencontreront. 

De la maltraitance à l’incarcération, du handicap au vieillissement, chaque film éclaire un aspect de la réalité sociale. Au fil des débats et des projections se dessine un enseignement vivant, concret et humain. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle nous explique comment le Festival transforme le regard sur les métiers du social, et pourquoi ces films comptent autant pour ceux qui les regardent que pour ceux qui les font.

 

- Quel fil rouge reliez-vous entre votre engagement dans la formation et votre investissement aujourd’hui dans le Festival du film social ?

Ce qui relie mon engagement dans la formation des travailleurs sociaux au festival du film social, c’est que la programmation sert le contenu de la formation des travailleurs sociaux et donc servira au final aux personnes dont il est question dans les films.

En effet, la sélection de films constitue un véritable outil pédagogique pour les travailleurs sociaux en formation. Les sujets traités, aussi divers soient-ils (handicap, incarcération, changement de sexe, vieillissement, conditions de travail indigne, enfants maltraités, etc.), sont autant de situations emblématiques que retrouveront les travailleurs sociaux dans leur vie professionnelle.

 

- Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous investir dans ce festival ? Une rencontre, une conviction, un manque à combler entre le champ social et le monde de la culture ?

Dans ma fonction de Déléguée générale de l’UNAFORIS, j’avais soutenu la naissance et le développement de ce festival, notamment en créant un jury de formateurs, documentalistes et étudiants de centres de formation. Alors ensuite, quand j’ai quitté cette fonction, la connaissance que j’ai de la formation des travailleurs sociaux, des organismes de formation, de leurs dirigeants et formateurs étaient précieux pour aider à développer ce festival et en animer des débats formatifs, en toute liberté. C’est le seul engagement que j’ai conservé, en lien direct avec ma vie professionnelle.

 

- Le cinéma est un miroir du réel, parfois un révélateur. Selon vous, en quoi le film social peut-il transformer le regard porté sur les métiers du social et sur ceux qui les exercent ?

Je crois que la sélection de films qui privilégie des rôles actifs et positifs, sans nier la complexité des situations présentées, leur profonde humanité et le rôle des travailleurs sociaux (mais aussi des autres métiers : soignants, magistrats, bénévoles, etc.) en sera mieux compris. Leur utilité ne fait pas de doute dans ces films. Alors que dans la vraie vie, la majorité de la population ignore tout de ces métiers ou quand ils ont eu l’occasion d’en bénéficier, ils sont rarement positifs en en parlant.

 

- S’il ne devait rester qu’un plan ou une image de cette édition (que vous avez notamment animé), laquelle choisiriez-vous ?

C’est l’image de cette étudiante qui réagit fortement à la critique d’une de ses collègues qui était un peu outrée par une scène, en lui rétorquant : « Mais non ce n’est pas exagéré, c’est comme ça, je t’assure. C’est comme ça et même c’est pire… » et qui fond en larmes… Pas facile à reprendre dans l’animation du débat. Ses voisines l’ont entourée et moi j’ai seulement relevé que parfois cela pouvait nous arranger de trouver les choses dérangeantes, de ne pas croire, plutôt que d’accepter toute la teneur d’une réalité, très difficile à envisager, à admettre.

 

- Enfin une petite recommandation, quelle est votre révélation à l’écran de cette dernière édition du festival ?

Le film d’ouverture du festival 2025 « On vous croit » de Charlotte Devillers, qui sort le 12 novembre en salle, est très dur, mais profondément réaliste et riche d’enseignements pour de futurs travailleurs sociaux.

Je le recommande absolument (avec échange à la suite, pour ne pas laisser les étudiants avec quelque chose d’aussi dur, sans décharge d’émotion et analyse des différentes attitudes, dont certaines sont profondément choquantes, voire révoltantes). Il est rare qu’un tel film atteigne le grand public. Je crois même que c’est la première fois sur ce sujet, en tous les cas, de cette manière très réaliste. C’est une véritable avancée sociale qu’un tel sujet puisse sortir du déni collectif (abus sexuel sur un enfant). Et les travailleurs sociaux ont un rôle déterminant en termes d'accompagnement et de soutien (en creux dans le film).