01/12/2025 - Journée mondiale de lutte contre le SIDA · Maurice, 28 ans au chevet du VIH : l’évolution d’un métier qui accompagne aussi l’histoire d’une maladie Lutte contre le SIDA

À l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le VIH/SIDA, nous avons rencontré Maurice Clainholphe, aide-soignant qui accompagne depuis 1998 les personnes vivant avec le VIH au sein du SSIAD92, structure unique en France couvrant tout le département des Hauts-de-Seine. Entré à l’époque où l’association s’appelait VLS - Vaincre le Sida (reprise par la Fondation et devenue quelques années plus tard le SSIAD92) il a vu basculer son métier au rythme des avancées thérapeutiques : on est passé ainsi de 33 comprimés quotidiens à l’époque au traitement actuel en cachet unique.
Cette révolution médicale a transformé la prise en charge, désormais centrée autant sur le soin que sur l’autonomie et la lutte contre l’isolement. Témoins privilégiés des parcours de vie, les équipes du SSIAD assurent un suivi au long cours, parfois sur plus de vingt ans. Pour Maurice, qui n’a jamais quitté sa vocation, une conviction demeure : la prévention reste essentielle, car le VIH n’a pas disparu.
Quand Maurice Clainholphe arrive en mars 1998 au sein de l’association VLS, la crise du VIH frappe encore de plein fouet. Aide-soignant tout juste formé, il découvre un quotidien où les patients meurent parfois du jour au lendemain, faute de traitements efficaces. « Il fallait du courage. On ne savait jamais si on reverrait les patients le lendemain », se souvient-il.

Peu à peu, il devient le témoin privilégié d’un basculement historique : l’apparition de la trithérapie, puis de traitements de plus en plus légers jusqu’au comprimé unique. Une révolution qui transforme profondément sa pratique. « Avant, ce n’était plus la maladie qui tuait, mais les 30 comprimés par jour et leurs effets secondaires. Aujourd’hui, nos patients peuvent vivre normalement s’ils suivent bien leur traitement. »
Cette structure départementale atypique créée pour les patients VIH, a évolué avec la maladie. Les équipes accompagnent désormais aussi des personnes handicapées ou atteintes de maladies chroniques. Mais les anciens patients, eux, sont toujours là. Certains sont suivis depuis plus de vingt-cinq ans. « Ils ont survécu à la crise, mais beaucoup ont gardé des séquelles neurologiques. Ils vivent à domicile, mais ont besoin de nous pour l’observance et le nursing. »
A présent c’est l’observance le cœur du métier de Maurice : s’assurer que les traitements soient pris, notamment quand ils coûtent jusqu’à 2 000 euros par mois. Une responsabilité financière autant que médicale qui englobe un accompagnement plus général : ergothérapeutes, auxiliaires de vie, associations contre l’isolement : « On ne peut pas dissocier les soins du bien-être. Certains patients devraient être en instituts spécialisés aujourd’hui si on ne les aidait pas au quotidien. »
Vingt-huit ans plus tard, Maurice reste animé par la même curiosité et la même envie de comprendre ce virus qui effrayait tant au début. « C’est une satisfaction personnelle d’avoir vu la maladie reculer. Aujourd’hui, une personne bien traitée, on le remarque pas dans la rue, autrefois c'était différent... »
Mais une inquiétude demeure. Maurice alerte les jeunes patients, notamment ceux protégés par la PrEP et les traitements efficaces, de ne pas abaisser la garde : « Le VIH n’est pas éradiqué. Tant qu’il n’y a pas de vaccin, il faut continuer à se protéger. »
Faire un don